Les algues, ou varech, sont un autre des nombreux trésors de l’océan. Elles abritent d’autres espèces marines, sont très riches en nutriments, absorbent l’excès de carbone et libèrent de l’oxygène dans la mer.
Depuis 2022, un entrepôt de Homer, en Alaska, accueille chaque printemps l’équipe du Kachemak Kelp Innovation Hub, née de la collaboration de deux entreprises alaskiennes dirigées par des femmes. Ensemble, elles soutiennent une nouvelle filière durable en créant toute une gamme de produits à partir d’algues cultivées localement.

Comment cultive-t-on les algues en Alaska ?
Au début de chaque automne, les algoculteurs prélèvent des échantillons d’algues sauvages dans les eaux limpides de la baie de Kachemak : 50 spécimens de chaque espèce, dans un rayon de 80 km autour de chaque ferme. Ils sont confiés à l’écloserie de l’Alutiiq Pride Marine Institute, à Seward, qui produit les cordes ensemencées. Les algoculteurs les installent sur leurs fermes flottantes à la fin de l’automne, et les algues poussent jusqu’au printemps avec pour seuls besoins le soleil, les vagues et les nutriments de la mer. Fin mars ou début avril, elles sont prêtes à être récoltées.
Cultiver des algues est relativement simple ; les transformer en ingrédient alimentaire ou en produit commercialisable est un vrai défi. Et si beaucoup de gens grignotent des feuilles d’algues, les faire entrer dans les menus locaux et les placards demande du travail.

Stabiliser les algues en 72 heures
Grâce à plusieurs subventions, l’équipe du Kelp Hub teste différentes solutions. Les algues sont des légumes de la mer et, comme tout légume frais, elles sont fragiles : une fois récoltées, la plupart doivent être « stabilisées » dans les 48 à 72 heures, c’est-à-dire séchées, congelées, blanchies, salées ou fermentées.

Les algoculteurs livrent leur récolte au quai de Homer, où l’équipe la récupère. Presque toutes les algues arrivent en quelques semaines : il faut donc les traiter très vite. Chaque année, l’équipe recrute des femmes du coin qui vivent et travaillent à Homer : institutrices, ouvrières du poisson, gérantes de lodge, pêcheuses, capitaines de bateau et mères de famille.


La première saison, l’équipe a installé un tunnel et testé le séchage au seul soleil. Depuis, elle a amélioré le procédé et testé d’autres méthodes, dont un déshydrateur électrique qui a donné d’excellents résultats.
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Des produits à base d’algues
Une fois la première transformation terminée, l’équipe fabrique des produits à valeur ajoutée. Avec du varech sucré séché en lanières, elle prépare des chips de varech croustillantes, délicieuses sur des ramen, dans des rouleaux de printemps, des musubis ou une tartinade de saumon.


Elle produit aussi du varech séché en feuilles entières et en flocons, vendu en vrac à d’autres producteurs alaskiens de produits alimentaires et cosmétiques. Cette saison, des méthodes de salage traditionnelles ont permis de créer une petite production de varech conservé au sel, de longue conservation, en sachets sous vide. Un restaurant voisin l’utilise dans sa soupe miso, récompensée deux années de suite lors du concours culinaire local « Taste of Homer ».
L’équipe fabrique aussi des sels de bain aux algues, qui associent le varech sucré hydratant, des fleurs de calendula riches en antioxydants et des sels minéraux relaxants.
Des algues pour nourrir les cultures
Les algues sont aussi une excellente source de nutriments pour les plantes. Depuis deux saisons, l’équipe expérimente la fermentation des algues pour produire un engrais liquide destiné aux fermes et aux jardiniers. Avec la ferme expérimentale de l’université d’Alaska à Fairbanks et une ferme locale de Homer, elle le teste sur des cultures emblématiques de l’Alaska, betteraves et pommes de terre, avec l’espoir de proposer un produit d’ici le printemps suivant.

Observer ces progrès année après année montre tout le potentiel de la culture marine en Alaska, pour soutenir l’économie locale tout en préservant la santé de l’écosystème.




